Fièvres hémorragiques virales


– Sont regroupées sous ce terme plusieurs maladies d’étiologie et de mode de transmission différents mais présentant des signes cliniques communs.
– La dengue est une FHV qui fait l’objet d’un chapitre spécifique (voir Dengue).

Signes cliniques

– Syndrome commun :
• Fièvre supérieure à 38,5 °C ;
• Signes hémorragiques (purpura, épistaxis, méléna, hématémèse, etc.).

– Les signes cliniques sont souvent peu spécifiques, leur sévérité varie selon l’étiologie.


Réservoir/ Vecteur
Distribution géographique

Isolement
du malade

Clinique

(létalité estimée)
Ebola* Marburg

Chauve-souris (?)
Afrique

Confinement
strict

SC + début brutal, malaise général, vomissements, diarrhée

(60-80%)
Lassa*

Rongeurs
Afrique Centre et Ouest

Confinement
strict

SC + œdème du visage, pharyngite purulente, protéinurie à la bandelette

(10-25%)


Junin et
Machupo*

Omsk

Crimée Congo*

FHSR
(hantavirus)*


Rongeurs
Amérique du Sud

Tiques
Europe, Asie

Bétail/Tiques
Afrique, Asie

Rongeurs
Asie et Europe


Isolement

Non

Confinement
strict

Non

SC + vomissements, rougeur de la face et selon l'étiologie :

• œdème péri-orbital, adénopathies cervicales, pharyngite

• pharyngite, rougeur conjonctivale

• œdème du voile, éruption pétéchiale généralisée

• protéinurie à la bandelette


(15-30%)

(2-5%)

(5-20%)

(< 1%)

Kyasanur

Petits mammifères/Tiques
Inde

Non SC + céphalées, myalgies, prostration (2-10%)
Vallée du Rift*

Bétail/Moustiques
Afrique

Moustiquaires

Présentations cliniques :
• fièvre isolée
• SC
• encéphalite
• rétinite avec cécité



(30-50%)
Fièvre jaune*

Primates/Moustiques
Afrique, Amérique du Sud

Moustiquaires SC + ictère, protéinurie à la bandelette, oligurie, céphalées (10-30%)

* FHV à potentiel épidémique
SC = syndrome commun

Laboratoire

– Un échantillon de sang total doit être envoyé à un laboratoire de référence pour établir un diagnostic sérologique. Joindre une description clinique. Le papier-filtre peut être utilisé (plus facile à transporter) mais le faible volume de sang ne permet de tester qu’un nombre limité d’étiologies.
– Le personnel qui prélève ou manipule des échantillons de sang doit porter une tenue de protection (blouse, gants, masque, lunettes, etc.).
– Les échantillons doivent être transportés dans un triple emballage pour substances infectieuses de Catégorie A.

Conduite à tenir

Suspicion de fièvre hémorragique

(cas isolé de fièvre avec signes hémorragiques en zone d’endémie)

– Isolement en chambre seule (à défaut paravents/cloisons), restriction des visites (si un accompagnant est indispensable, il doit être protégé avec blouse, gants, masque).

– Précautions standard :
Les précautions standard doivent dans tous les cas être respectées. La plupart des contaminations intra-hospitalières est due au non-respect de ces précautions :
• Lavage des mains ;
• Gants pour examiner les patients et en cas de contact avec du sang, des liquides corporels, des sécrétions, des excréments, les muqueuses ou des lésions cutanées ;
• Blouse pour protéger la peau ou éviter de souiller les vêtements lors de la consultation et pour les activités au cours desquelles il existe un risque d’éclaboussures par du sang, des liquides corporels, des sécrétions ou des excréments ;
• Masque chirurgical et lunettes de protection, ou écran facial, pour protéger les muqueuses oculaire, buccale et nasale si risque d’éclaboussure par du sang, des liquides corporels, des sécrétions ou des excréments ;
• Procédures adéquates pour le nettoyage et la désinfection systématique des objets, locaux et surfaces ;
• Gants de ménage pour manipulation de linge souillé ;
• Collecte et élimination sécurisées des déchets;
• Sécurité des injections.

Cas confirmés d’Ebola, Marburg, Lassa, Crimée-Congo ou épidémie d’étiologie inconnue

– Isolement strict dans un secteur réservé, avec circuit et sas pour les entrées/sorties ; personnel et matériel dédiés ; utilisation de matériel à usage unique si possible.

– Précautions standard (voir paragraphe précédent)

PLUS

– Précautions complémentaires « gouttelettes » ET « contact » avec port de l’équipement de protection individuelle (EPI) :
• double paire de gants,
• blouse/surblouse ou combinaison,
• calot ou cagoule, masque, lunettes de protection,
• tablier imperméable,
• bottes de caoutchouc.
L’EPI est mis systématiquement avant l’entrée en zone d’isolement quelles que soient les tâches à réaliser (soins, ménage, distribution de repas, etc.) et retiré avant de sortir de la zone d’isolement.

– Désinfection du matériel, linge, environnement à l’aide de solutions chlorées et élimination sécurisée sur place des déchets et excrétas, etc.

– En cas de décès, ne pas laver le corps ; enterrement le plus rapidement possible dans un sac mortuaire.

Cas confirmés de fièvre jaune ou fièvre de la vallée du Rift

– Précautions standards.

– Patient sous moustiquaire pour éviter la transmission.


Dans tous les cas
 : déclarer aux autorités de Santé du pays.

Traitement

– Traitement étiologique : ribavirine pour la fièvre de Lassa et de Crimée-Congo.

– Traitement symptomatique :
• Fièvre : paracétamol (Chapitre 1). L’acide acétylsalicylique (aspirine) est contre-indiqué.
• Douleurs : légères (paracétamol), modérées (tramadol), sévères (morphine sub-linguale) : voir Douleur, Chapitre 1.
• Déshydratation : solution de réhydratation orale ou réhydratation IV (Ringer lactate) selon le protocole de l’OMS (Annexe 2).
• Convulsions (Chapitre 1).
• Vomissements : ondansétron PO
Enfant de 6 mois à < 2 ans : 2 mg une fois par jour
Enfant de 2 à < 4 ans : 2 mg 2 fois par jour
Enfant de 4 à < 12 ans : 4 mg 2 fois par jour
Enfant ≥ 12 ans et adulte : 4 à 8 mg 2 fois par jour

– Pour Ebola et Marburg : les indications d’injections doivent être strictement limitées. La mise en place et le maintien de voies veineuses constituent un risque de contamination pour le personnel. Toute voie veineuse doit être parfaitement sécurisée afin que le patient, souvent confus, ne puisse l’arracher.

Prévention

– Vaccination
• Fièvre jaune :
Vaccination de masse en cas d’épidémie
Enfant dès l’âge de 6 mois et adulte : une dose unique de 0,5 ml en IM de préférence ou SC profonde, dans le muscle deltoïde. Chez la femme enceinte, n’administrer qu’en cas d’épidémie.
Vaccination de routine(PEV)
• Fièvre de la vallée du Rift : uniquement en cas d’épidémie.

– Lutte contre les vecteurs lorsque ceux-ci sont connus.

– Hygiène hospitalière indispensable dans tous les cas.