3.3 Provision d’eau potable

3.3.1 Quantité et qualité

Le mode d’infection le plus probable lors d’une épidémie est la consommation d’eau (boisson, cuisine) contaminée par des matières fécales. L’eau peut être contaminée à la source (rivière, puits, système de distribution d’eau municipal, vendeur d’eau, etc.), pendant le transport ou lors du stockage à la maison.

Les épidémies débutent souvent après qu’une défaillance du système de distribution eau ait forcé la population à utiliser des sources non protégées (rivières, fossés, puits pollués). Les pratiques d’hygiène peuvent être affectées si la quantité d’eau disponible est insuffisante, ce qui favorise la propagation du choléra.

Il faut donc fournir aux populations une quantité suffisante d’eau potable, en réparant les systèmes d’approvisionnement existants ou en mettant en place des solutions d’approvisionnement temporaires.

Quantité

Une personne a besoin au minimum de 15 à 20 litres d’eau potable par jour1  pour la boisson, la cuisine et l’hygiène (corporelle et domestique).
Toutefois, lors d’une épidémie de choléra, les besoins en eau sont plus importants : augmentation de la fréquence du lavage des mains, de la lessive et nettoyage des surfaces ; préparation des SRO, etc.). Il faut fournir autant d’eau que nécessaire, en tenant compte d’autres facteurs tels que la chaleur ambiante, les pratiques culturelles (p.ex., eau des ablutions), etc.

Qualité

Il n’y a pas encore de tests rapides largement disponibles pour détecter et quantifier Vibrio cholerae dans l’eau.
Les indicateurs courants tels que pH, turbidité, chlore résiduel libre (CRL) et si disponible, présence d’Escherichia coli2 , donnent une indication de la qualité de l’eau et de la nécessité de traiter l’eau.
Pour les techniques de tests, se référer à l’Annexe 17.

3.3.2 Chloration de l’eau pour la distribution publique

La chloration est le meilleur moyen de fournir rapidement de grandes quantités d’eau potable.

Les produits générateurs de chlore sont largement répandus. Ils continuent de protéger l’eau pendant le transport et le stockage grâce au CRL. Un niveau élevé de CRL au point de distribution est nécessaire pour garantir que l’eau est potable et protégée d’une re-contamination pendant 4 à 24 heures pendant le stockage2. Toutefois, les utilisateurs peuvent ne pas aimer l’odeur ou le goût du chlore et une campagne information publique peut être nécessaire pour améliorer l’adhésion.

Tableau 3.1 - Conditions pour une chloration efficace contre Vibrio cholerae

Turbidité

< 5 NTU* (standard Projet Sphère), toutefois, dans les premiers temps d’une urgence, une turbidité < 20 NTU est acceptable.

Temps de contact

30 minutes si pH ≤ 8
60 minutes si pH > 8

Taux de CRL

A tous les points de distribution (robinets, bornes fontaines, camion-citerne, etc.) et dans les récipients si chloration au seau :
0,5 mg/litre si pH ≤ 8
1 mg/litre si pH > 8

* NTU = nephelometric turbidity unit

Remarque :
Si la turbidité est supérieure à 20 NTU (situation d’urgence) ou 5 NTU (autre contexte), un traitement visant à réduire la turbidité est nécessaire avant la chloration. Pour les techniques (sédimentation, filtration) se référer au guide Technicien sanitaire en situations précairesMSF. 

Chloration continue (ou « en ligne »)

Lorsqu’il existe un réseau public de distribution d’eau mais que l’eau distribuée n’est pas du tout ou insuffisamment chlorée ou que le traitement n’est pas réalisé correctement, déterminer les causes du dysfonctionnement (p.ex., rupture de stock de chlore, panne du système de chloration, non-respect du protocole de chloration) afin d’y remédier.
L’approvisionnement en chlore et autres produits chimiques3  doit être bien organisé pour garantir une production constante d’eau potable, au moins pour la durée de l’épidémie.

Chloration discontinue (ou « par lots »)

Lorsqu’il n’existe pas de réseau de distribution, l’eau peut être collectée à une station de remplissage et transportée, par camions citernes (ou autres véhicules équipés d’un réservoir), au point de distribution.
Les stations de remplissage sont soit préexistantes soit mises en place pour les besoins de l’opération.
Une fois acheminée au point de distribution, l’eau est transvasée dans un ou des réservoir(s) pour être distribuée.
L’eau doit être chlorée avant distribution. Elle peut l’être soit :
– directement à la source (l’eau collectée est déjà chlorée),
– au cours du remplissage du camion-citerne de transport,
– au cours du remplissage du réservoir de distribution.
Les points de distribution doivent être répartis de manière à être accessibles à l’ensemble de la population affectée par l’épidémie.
Pour la chloration dans les camions citernes ou réservoirs, l’eau est testée pour déterminer la quantité de chlore nécessaire à la désinfection du volume contenu dans le réservoir ou la citerne.
Ce volume restant fixe, la quantité de chlore à ajouter dans le réservoir ou la citerne reste ensuite la même à chaque remplissage si la qualité de l’eau ne varie pas. Une personne formée, qui peut être le chauffeur du camion, est chargée d’assurer la chloration.

Chloration au seau

La chloration au seau est en général réalisée lorsque que les 2 premières méthodes ne peuvent être mises en œuvre.
L’eau destinée à la consommation, provenant d’une source non protégée ou contaminée (p.ex., puits non protégé, rivière) est collectée par la population et désinfectée directement dans le seau ou le jerrycan par une personne formée (un « chlorateur ») qui se tient à côté de la source. Une fois le récipient rempli d’eau, le chlorateur ajoute la quantité de solution chlorée nécessaire en fonction du volume du récipient4 .
La population peut utiliser plusieurs sources à différentes fins (boisson, cuisine, lessive, bain). La priorité doit être donnée aux sources utilisées pour la boisson et la cuisine et connues pour être contaminées, à l’origine d’épidémies ponctuelles ou continues5 .
Etant donné qu’il faut en permanence un chlorateur par jour et par source, les autorités locales devront établir une liste restreinte de points de chloration : les plus accessibles et dont l’eau peut être traitée de manière efficace (pH, turbidité).
Tous les sites doivent être approvisionnés constamment en chlore et supervisés par un personnel expérimenté, qui visite régulièrement chaque site, vérifie que le protocole est bien suivi et contrôle le taux de CRL en fonction du temps de contact et pH).

Remarque : la chloration directe des puits et autres sources non protégés est déconseillée car inefficace.

La qualité de l’eau, quel que soit le système de chloration mis en place, doit être systématiquement contrôlée tout au long de l’épidémie.

Pour plus d’informations, se référer au guide Technicien sanitaire en situations précairesMSF. 

3.3.3 Traitement et stockage de l’eau au domicile

Désinfection

Il existe plusieurs produits sur le marché, chacun destiné à traiter un volume fixe d’eau.

– Produits générateurs de chlore :
Ces produits ne peuvent être utilisés que si l’eau est claire (turbidité < 5 NTU ; < 20 NTU dans les urgences aiguës).
• Comprimés de dichloroisocyanurate de sodium (NaDCC)
• Solutions d’hypochlorite de sodium (eau de Javel)
Comme pour toute chloration, l’efficacité du produit de traitement (mesure du CRL) doit être vérifiée avant toute distribution et régulièrement pendant toute l’opération.

– Produits associant floculant et désinfectant :
Ces produits sont conçus pour traiter une eau de turbidité supérieure à 5 NTU. Il est recommandé de vérifier leur efficacité (élimination des particules et taux de CRL suffisamment élevé) lors de la première utilisation. Ces produits nécessitent plusieurs récipients et plusieurs étapes (mélange, attente et filtration) pour produire de l’eau claire et désinfectée.

Autres méthodes

– Ebullition :
L’ébullition de l’eau pendant 1 minute à gros bouillons détruit les bactéries. Cette méthode n’est pas à privilégier (difficile en urgence et surtout, demande beaucoup d’énergie) sauf si elle est préconisée de longue date dans la région par les autorités ou qu’il n’existe pas d’alternative.

– Filtration :
Il existe de nombreux systèmes de filtration pour le traitement de l’eau à domicile. Leur capacité à éliminer le vibrion dépend du système lui-même mais surtout de l’utilisation et de l’entretien au niveau des ménages.

Une eau bouillie ou filtrée est plus facilement recontaminée qu’une eau chlorée.

Stockage de l’eau au domicile

Les récipients sans couvercle ou à ouverture large augmentent le risque de contamination. L’eau potable doit être stockée dans des récipients à goulot étroit ou munis de robinet. Les récipients doivent être nettoyés régulièrement.

L’eau bouillie ou filtrée ou provenant d’une source non contaminée mais non traitée doit être chlorée au domicile si elle est destinée à être stockée. La contamination de l’eau stockée au domicile est très fréquente et la présence de CRL dans l’eau permet d’éviter la (re)contamination.

Formation des ménages et surveillance

Il est indispensable de réaliser une formation pratique auprès des ménages avant ou au cours de la première distribution d’un produit chimique pour la désinfection de l’eau ou d’un dispositif de filtration de l’eau à domicile. La formation comprend également le stockage de l’eau à domicile.

Il faut ensuite surveiller régulièrement l’efficacité et l’utilisation constante et appropriée des produits ou dispositifs.



Footnotes
Ref Notes
1

Le Projet Sphère recommande 15 litres (quantité d’eau minimale nécessaire à la survie), l’OMS au minimum 20 litres.

2

Lorsque l’eau n’est pas chlorée, le nombre d’E. coli ne devrait pas dépasser 10 UFC (unités formant colonie) pour 100 ml. La présence d’un plus grand nombre d’E. coli indique une contamination de l’eau par des matières fécales mais n’est pas la preuve de la présence de Vibrio cholerae ou d’un autre pathogène.

3

Produits pour le prétraitement de l’eau avant chloration (p.ex. coagulant tel que sulfate d’aluminium).

4

D’autres produits peuvent être utilisés à la place de la solution chlorée traditionnelle (p.ex. comprimés de NaDCC, voir Section 3.3.3), soit pour simplifier l’opération soit pour préparer la population à utiliser ces produits avant une distribution générale.

5

Dans les épidémies d’origine ponctuelle, la population à risque est exposée au vibrion au même moment sur une courte période alors que dans les épidémies d’origine continue, l’exposition commune au vibrion est prolongée.