7.5 Prévention et contrôle de l’infection dans un CTC


Les mesures d’hygiène appliquées dans un CTC ont pour but de réduire le risque de propagation du vibrion à l’extérieur et à l’intérieur du CTC. La possibilité de diffuser ou d’acquérir le choléra en fréquentant un CTC est faible si ces règles sont respectées.
Ces mesures sont dans leurs principes valables pour les UTC et PRO même si des adaptations sont nécessaires en fonction des caractéristiques spécifiques de la structure.

7.5.1 Isolement

Dès le début de l’épidémie, les patients sont isolés pour éviter une diffusion du choléra au sein des hôpitaux et autres structures de santé habituelles qui accueillent en général les premiers cas.

7.5.2 Hygiène des mains

L’hygiène des mains évite la transmission du vibrion et d’autres micro-organismes pathogènes au sein du CTC.

L’UNICEF recommande, pour le lavage des mains en routine dans les structures de traitement du choléra, d’utiliser la solution chlorée à 0,05%3. Le lavage à l’eau et au savon est une alternative.

En cas de souillures visibles, les mains devraient être lavées à l’eau et au savon.

Tableau 7.1 - Temps critiques pour le lavage des mains

PERSONNEL

A l’entrée du CTC

A la sortie du CTC

Et avant1 :
Un geste aseptique (pose de cathéter, aiguille intra-osseuse, p.ex.).
De préparer de la SRO ou de la nourriture.
De donner à manger au patient.
De donner de la SRO au patient.
De manger ou de fumer.

Et après :
Un contact avec des selles, vomissements ou du sang ou autre liquide biologique.
Etre allé aux toilettes.
Avoir préparé un corps.
Avoir manipulé du linge souillé, des déchets ou vidé les seaux d’excréments, etc.

PATIENTS/ACCOMPAGNANTS

A l’entrée du CTC

A la sortie du CTC

Et avant :
De donner à manger au patient.
De donner de la SRO au patient.
De manger ou de fumer.
De préparer de la nourriture pour le patient.

Et après :
Un contact avec des selles, vomissements.
Etre allé aux toilettes.
Avoir manipulé du linge souillé.

Remarque : le lavage des mains à l’entrée dans le CTC est demandé uniquement aux patients sans signes de danger, conscients, capables de marcher seuls.
Les gardiens ne doivent pas retarder la prise en charge des cas graves (p.ex. patients ayant des difficultés à se tenir debout ou dont la conscience est altérée) par cette mesure d’hygiène systématique qui n’est pas prioritaire chez un patient en danger immédiat.

7.5.3 Equipements de protection individuelle (EPI)

Protection de base

Les tenues doivent être fournies au personnel par le CTC, qui assure leur entretien. Elles sont de préférence réalisées et/ou achetées localement.

L’ensemble du personnel doit avoir au minimum :
– 1 tunique à manches courtes et 1 pantalon (pyjama de bloc)
ET
– 1 paire de bottes : indispensable pour le personnel en contact avec des malades, corps, déjections, déchets et solutions chlorées. Pour le personnel non exposé aux projections (administration, cuisine), des sabots en caoutchouc suffisent s’il n’y a pas de boue.

Le port de la tenue est obligatoire. Le personnel se change à l’entrée et à la sortie du CTC. Personne ne doit sortir du CTC avec sa tenue de protection ni travailler dans le CTC avec ses vêtements de ville.

Protections complémentaires

Lors de certaines activités, le personnel doit porter en plus les protections suivantes :

EPI complémentaires

Activités

Gants d’examen
en latex ou nitrile, usage unique

• Pose de cathéter IV, aiguille IO, sonde gastrique.
• Prélèvement de selles ou tests sur des selles.
• Contact avec une muqueuse ou la peau lésée du patient.
• Soignant ayant une lésion cutanée aux mains.

Gants en caoutchouc réutilisables
Tablier plastique réutilisable

• Ramassage du linge sale et de la vaisselle sale.
• Transport du linge sale et de la vaisselle sale.

Gants en caoutchouc réutilisables
Tablier plastique réutilisable
Ecran facial réutilisable

• Préparation de solutions chlorées.
• Lavage/désinfection du linge et matériel (vaisselle p.ex.).
• Transport et élimination des eaux usées, selles, vomissements et déchets.
• Ménage.
• Préparation des corps.

Bleu de travail
Gants en nitrile réutilisables
Gants anti-chaleur (incinérateur)
Tablier en cuir long
Ecran facial réutilisable
Masque FFP2 usage unique

Elimination des déchets

Remarques :
– Les appareils de protection respiratoire (masques FFP 1, 2 ou 3) protègent contre les poussières (p.ex. enlèvement de cendres, nettoyage au balai du local de stockage des déchets mais pas contre les gaz et vapeurs.
– Le choléra ne se transmet pas par inhalation de gouttelettes. Il est inutile de porter un masque chirurgical ou un masque FFP2 dans le but de se protéger du choléra.

7.5.4 Linge

La buanderie du CTC traite 3 catégories de linge :
– EPI du personnel (tenues, gants en caoutchouc, bottes, etc.) ;
– Linge hospitalier (draps, couvertures) ;
– Linge des patients/accompagnants.

Les EPI sont changés chaque jour et chaque fois qu’ils sont souillés.
Le linge hospitalier est changé chaque fois qu’il est souillé et au départ du patient.
Les vêtements des patients et accompagnants sont changés chaque fois qu’ils sont souillés. Il ne faut pas pulvériser de chlore le linge des patients/accompagnants avant le transport à la buanderie.

Les EPI, linge hospitalier et linge des patients/accompagnants souillés sont :
– ramassés par un personnel portant un tablier plastique et des gants en caoutchouc ;
– transportés dans des bacs réutilisables, distincts selon la catégorie de linge ou à défaut dans des sacs en plastique à usage unique ;
– lavés séparément à l’eau et au savon ou avec une lessive disponible sur le marché local, puis successivement rincés à l’eau claire, trempés dans une solution de chlore à 0,05% pendant 15 minutes, rincés de nouveau à l’eau claire et étendus au soleil jusqu’au séchage complet.

Remarques :
– Pendant les premiers jours de mise en place d’un CTC, si la désinfection du linge n’est pas encore organisée, le lavage du linge à l’eau et au savon suivi d’une exposition au soleil jusqu’au séchage complet permet d’éliminer le vibrion qui ne survit pas en milieu sec.
– Dans les petites UTC périphériques où il y a moins de patients et de personnel, le linge des patients est souvent lavé par l’accompagnant. L’UTC met à sa disposition une aire de lavage avec eau, des récipients, du savon, et une aire d’étendage.

7.5.5 Matériel souillé

Matériel à usage unique
– Le matériel à usage unique doit être éliminé après utilisation.
– Les objets piquants-tranchants-coupants (OPTC) c.-à-d. les aiguilles, mandrins de cathéters, lancettes, ampoules de médicaments vides en verre et autres objets susceptibles de blesser doivent être jetés immédiatement après usage dans un collecteur pour OPTC. Le collecteur est remplacé lorsqu’il est plein au trois quart (vérifier le niveau chaque jour).

Matériel réutilisable
– Le matériel immergeable (p.ex., garrot, plateau) doit être lavé à l’eau et au savon, rincé puis désinfecté avec une solution chlorée à 0,2%.
– Le matériel non immergeable (p.ex., tensiomètre) doit être essuyé ou pulvérisé avec une solution chlorée à 0,2%.

7.5.6 Hygiène des locaux et véhicules

Le nettoyage des locaux comprend toutes les zones accueillant les patients, les installations de la zone « propre » (administration, vestiaires, stocks, etc.) et les parties extérieures du CTC.

Nettoyage des sols, surfaces et sanitaires (douches, toilettes, aires de lavage)
Les sols, surfaces et sanitaires doivent être nettoyés au moins 2 fois par jour avec un détergent disponible sur le marché local, rincés (changer l’eau savonneuse et l’eau de rinçage dès qu’elles sont saturées) puis désinfectés avec une solution chlorée à 0,2%. Ne pas mélanger détergent et solution chorée à 0,2%.
Après l’application de solution chlorée à 0,2%, ne pas rincer (sauf les surfaces en inox qui doivent être impérativement rincées), attendre le séchage complet.

Véhicules
Les ambulances doivent être nettoyées avec un détergent au moins une fois par jour et chaque fois qu’elles sont souillées (déversement de selles ou vomi p.ex.), rincées puis désinfectées avec une solution chorée à 0,2% puis rincées de nouveau pour protéger les surfaces métalliques des véhicules.

7.5.7 Préparation et conservation de la SRO4

Les précautions suivantes doivent être respectées :
– Rinçage des containers et ustensiles de préparation à solution chlorée à 0,05% et séchage.
– Lavage des mains immédiatement avant la préparation.
– Dissolution des sachets dans de l’eau potable.
– Stockage dans des containers munis d’un couvercle et d’un robinet pour la distribution.
– Conservation de la solution préparée pendant 24 heures maximum.

Remarque : le stockage de l’eau de boisson s’effectue dans les mêmes conditions pour éviter les contaminations.

7.5.8 Hygiène alimentaire

Les précautions suivantes doivent être respectées :
– Accès aux cuisines et stocks alimentaires, manipulation des aliments et distribution des repas réservés au personnel de cuisine.
– Lavage des mains avant de faire la cuisine et de servir les repas.
– Utilisation d’eau potable stockée dans des containers avec couvercles et robinets.
– Après les repas : jeter les restes, ne pas conserver d’aliments préparés, ne pas faire sortir de nourriture du CTC.
– Repas servis chaud, aliments bien cuits, fruits et légumes bien lavés.
– Nettoyage des surfaces de travail et ustensiles avec un détergent, rinçage, désinfection avec une solution chlorée à 0,2% (et nouveau rinçage si le matériau est de l’inox).

7.5.9 Préparation des solutions chlorées

Les solutions chlorées doivent être disponibles en permanence.
Se référer à l’Annexe 15 pour leur préparation et utilisation.
Afficher le protocole de préparation des solutions chlorées dans toutes les structures.

7.5.10 Désinfection des chaussures

Intérêt

Des points de désinfection des chaussures sont traditionnellement placés dans les CTC, à l’entrée et à la sortie et parfois aux points de passage entre les différents secteurs du CTC.

L’efficacité de cette mesure pour stopper la propagation du vibrion dans et en dehors du CTC n’est pas démontrée. Sa pertinence en tant que moyen de lutte contre l’infection est mise en doute de longue date.

Les points de désinfection des chaussures peuvent servir à sensibiliser le personnel et les patients/ accompagnants sur la nécessité de mesures particulières liées au caractère contagieux du choléra. Toutefois, ils ne sont pas considérés comme indispensables si le CTC a mis en place des mesures de contrôle efficaces3 : isolement, lavage des mains (y compris à l’entrée, à la sortie et au point de passage entre la zone contaminée et la zone propre), sensibilisation des patients à l’hygiène, contrôle des eaux usées, etc.

Méthodes

Si les points de désinfection des chaussures sont aménagés, il existe 2 méthodes. La méthode de la pulvérisation est préférée à celle du pédiluve.

Pulvérisation de solution chlorée à 0,2%
Cette méthode demande qu’une personne soit présente à chaque point de désinfection pour réaliser la pulvérisation. Le dispositif devrait se limiter à placer les points de désinfection à l’entrée et à la sortie du CTC et entre la zone contaminée et la zone propre.
Seules les semelles des chaussures doivent être désinfectées. Il ne faut pas pulvériser avec du chlore les pieds ou le corps des patients ni leurs vêtements ou ceux des accompagnants, même s’ils sont souillés.

Pédiluves contenant une solution chlorée à 0,2%
Les pédiluves sont lourds à gérer (renouvellement des solutions dans les bassins p.ex.) et leur efficacité est encore plus incertaine (dégradation rapide du chlore par divers mécanismes tels que : dépôts continuels de boue et autres matières organiques lors des multiples passages ; exposition prolongée aux rayons du soleil ; dilution de la solution chlorée avec les pluies, etc.). Ils sont contournés par les usagers s’ils sont inacceptables (sales, trop profonds ou trop petits, glissants, etc.).

Dans tous les cas, les points de désinfection des pieds ne doivent pas être une entrave à la circulation des personnes.
Les soins restent prioritaires pour les cas urgents, p.ex., patients ayant besoin d’être portés ou en état de choc. Il ne faut en aucun cas retarder la prise en charge urgente d’un patient pour une mesure de désinfection d’intérêt limité.



Footnotes
Ref Notes
1

Le personnel soignant peut utiliser une solution hydro-alcoolique (SHA) avant la pose d’un cathéter IV ou d’une aiguille IO. La friction des mains avec une SHA permet d’éliminer les bactéries y compris Vibrio cholerae mais ces solutions ne sont pas détergentes. Le lavage des mains à l’eau et au savon est impératif en cas de souillure visible.