10.2 Réanimation du nouveau-né


10% des nouveau-nés ont besoin d’une assistance à la naissance pour pouvoir respirer correctement, sous forme de stimulation tactile et/ou de désobstruction des voies aériennes.

Pour la moitié d’entre eux, ces interventions sont insuffisantes et une ventilation est nécessaire dès la première minute de vie, si l'enfant ne respire pas ou gaspe malgré la stimulation/aspiration.
Une faible proportion des nouveau-nés ventilés a besoin d’une réanimation plus avancée.

La personne responsable de l’accouchement est également responsable de la prise en charge du nouveau-né. Elle doit débuter immédiatement la réanimation puis si nécessaire, demander de l’aide.

 Anticiper pour chaque naissance la possibilité d’un recours à la réanimation. Le matériel nécessaire doit être à portée de main et prêt à fonctionner.

L’hypothermie compromet la réanimation. La réanimation doit être faite dans une pièce chauffée, et si possible sous une rampe chauffante.

10.2.1 Réanimation de base

Pour plus d’informations, se référer à la formation Helping Babies Breathe.

Les étapes 1 à 6 doivent être réalisées dans la première minute de vie.

1 - Vérifier s’il y a ou non du méconium
Si le liquide amniotique est méconial mais que l’enfant respire spontanément et est tonique : il n’y a pas d’indication d'aspiration, essuyer simplement le visage.
Si le liquide amniotique est méconial et que l’enfant ne respire pas bien ou est hypotonique : aspirer rapidement mais doucement la bouche, à l’aide d’une poire à aspiration de préférence (Penguin).

2 - Stimuler l'enfant en le séchant
La stimulation tactile peut déclencher des inspirations spontanées. Elle s’effectue en séchant l’enfant vigoureusement mais sans brutalité. Si une respiration efficace ne se déclenche pas après 5 secondes, arrêter la stimulation, l'enfant a besoin de soins supplémentaires.

3 - Clamper et couper le cordon

4 - Positionner la tête de l’enfant
Poser l’enfant sur le dos, tête en position neutre (Figure 10.1). La tête ne doit pas être en flexion ou en hyperextension ce qui favoriserait l'obstruction des voies aériennes.

Figure 10.1 - Position de la tête pour dégager les voies aériennes
 

5 - Libérer les voies aériennes (uniquement dans les rares cas où les secrétions sont abondantes)
Aspiration douce, c.-à-d. pas trop profonde de la bouche (2 cm maximum à partir des lèvres) et rapide (5 secondes maximum), à l’aide d’une poire à aspiration.

6 - Stimuler l'enfant
Frotter le dos et la plante des pieds (ne pas secouer, gifler ou suspendre l’enfant par les pieds). Si une respiration efficace ne s’est pas déclenchée après 5 secondes : arrêter la stimulation, l'enfant a besoin d’être ventilé.

7 - Ventiler au masque et au ballon (air ambiant)
Ajuster le masque sur le visage en recouvrant le nez et la bouche et appuyer fermement pour éviter les fuites d’air. Le maintenir d’une seule main, entre le pouce d’un côté et l’index et majeur de l’autre (Figures 10.2 et 10.3).
De l’autre main, presser le ballon au rythme de 30 à 50 pressions par minute, pendant 60 secondes.
La ventilation est efficace si le thorax se soulève.
Attention : une insufflation trop forte peut se compliquer d'un pneumothorax.

Figure 10.2 - Positionnement du masque

Figure 10.3 - Ventilation manuelle

Si le thorax ne se soulève pas :
– Vérifier la bonne connexion entre le ballon et le masque ;
– Réajuster le masque correctement sur le visage ;
– Repositionner correctement la tête.

Evaluer toutes les minutes l’apparition d’une respiration spontanée (surveiller l’apparition de mouvements thoraciques) ; ne pas retirer le masque du visage de l’enfant pour vérifier s’il respire spontanément.
Poursuivre la ventilation jusqu’à l’apparition d’une respiration spontanée.

Si l’oxygène est disponible : connecter le ballon à un réservoir d’oxygène après 1 à 2 minutes de ventilation, avec un débit de 2 litres/minute. La ventilation est prioritaire et ne doit pas être interrompue pour connecter l’oxygène (un aide doit se charger de connecter l’oxygène).

La réanimation est arrêtée si l’enfant n’a pas de fréquence cardiaque ou une fréquence cardiaque < 60/minute après 10 minutes de ventilation manuelle efficace.
Si la fréquence cardiaque est > 60/minute, la réanimation manuelle peut être poursuivie plus longtemps. Toutefois, elle doit être interrompue si l’enfant n’a toujours pas respiré spontanément après 30 minutes.

Noter toutes les interventions sur la feuille de surveillance.

10.2.2 Après la réanimation

Vérifier les besoins immédiats de l’enfant : glycémie, position adéquate de la tête, saturation en oxygène, température, évaluation de la présence d’une septicémie.

Réaliser l’évaluation rétroactive du score d’Apgar (Section 10.1.3), noter les résultats sur la feuille de surveillance.
Si le score d’Apgar était ≤ 4 à 1 minute ou ≤ 6 à 5 minutes ou si le nouveau-né a été ventilé au masque pendant 2 minutes ou plus :
– Hospitaliser en unité de soins néonatals (garder autant que possible la mère et l’enfant ensemble).
– S’il est impossible de transférer l’enfant, le garder en observation au minimum 24 heures. Surveiller toutes les 2 heures : apparition de signes de danger (Section 10.3.1) et signes vitaux. Effectuer les soins de routine (Section 10.1). Débuter l’allaitement le plus tôt possible.

Si l’enfant est flasque, n’a pas de réflexe de succion ou présente un autre trouble neurologique (p.ex. des convulsions), vérifier la glycémie. En l’absence de moyens de vérifier la glycémie, traiter empiriquement une hypoglycémie (Section 10.3.5).

Si la saturation en oxygène est basse ou en cas de détresse respiratoire, se référer à la Section 10.3.2.

En cas de convulsions :
– Vérifier la glycémie et/ou traiter une hypoglycémie.
– Si l’enfant convulse toujours après avoir reçu du glucose, administrer une dose de charge de phénobarbital (20 mg/kg) en perfusion IV lente (diluer la quantité de phénobarbital à administrer dans 20 ml de chlorure de sodium à 0,9% et l’administrer en 30 minutes). Le phénobarbital ne doit jamais être administré en injection IV directe rapide. Si l’administration IV est impossible, administrer la même dose de phénobarbital non diluée en IM.
– Attention au risque de dépression respiratoire : surveiller attentivement l’enfant ; avoir à portée de main le matériel pour ventiler.
– Si les convulsions persistent après la fin de la perfusion (après 30 minutes), administrer une deuxième dose de phénobarbital (10 mg/kg) en perfusion de 30 minutes comme ci-dessus. Si l’administration IV est impossible, administrer la deuxième dose de phénobarbital IM non diluée (10 mg/kg) au moins 60 minutes après la première dose IM.
– Dans tous les cas, surveiller attentivement l’enfant pendant au moins 6 heures.
– En cas de convulsions récurrentes, administrer du phénobarbital PO : 5 mg/kg/jour pendant 5 jours.