5.9 Suture du périnée


Parfois, le périnée se déchire à l'accouchement avec des lésions vulvo-vaginales superficielles (déchirure du premier degré) ou plus profondes, touchant le tissu musculaire (déchirure du deuxième degré, équivalent d'une épisiotomie).

Toutes les mutilations sexuelles, c.-à-d. la circoncision clitoridienne (mutilation de type I), la circoncision clitoridienne avec ablation des petites lèvres (mutilation de type II) et l’infibulation (mutilation de type III, Section 5.10) sont associées à des risques de déchirure périnéale lors de l’expulsion.

Deux tissus adjacents peuvent également être lésés :
– Le muscle du sphincter anal, de couleur rouge et d'aspect charnu : la déchirure de ce sphincter peut être reconnue par la perte de l'aspect radié de l'anus (périnée complet ou déchirure du troisième degré). La réparation du muscle est indispensable pour éviter une incontinence anale.
– La muqueuse rectale, d'aspect lisse et blanchâtre, dans le prolongement de l'anus. La déchirure de cette muqueuse (périnée complet compliqué ou déchirure du quatrième degré) doit être suturée pour éviter une fistule anale avec incontinence et infection.

5.9.1 Matériel

– Boîte de suture comprenant ciseaux, pinces à disséquer, porte-aiguille stériles
– Antiseptique (polyvidone iodée 10%)
– Nécessaire pour anesthésie locale (lidocaïne 1%)
– Un ou deux fils résorbables Dec 3 (2/0)
– Un fil de résorption rapide pour la suture cutanée, ou à défaut, un fil non résorbable Dec 3 (2/0)
– Champ et gants stériles
– Eventuellement confection d'un tampon stérile de compresses liées par un gros fil, placé au fond du vagin pour l'assécher des saignements endo-utérins (Figure 5.24). Le fil-repère, visible à la vulve, permet de ne pas l'oublier en fin d'intervention. Ce tampon peut être remplacé par des compresses simples.
– Bon éclairage

Figure 5.24 - Tampon de compresses liées par un fil repère

5.9.2 Technique

Une suture du périnée ne s'effectue qu'après la délivrance.

– Badigeonner le périnée et le vagin à la polyvidone iodée 10%.
– Installer un champ stérile troué.
– Evaluer l'importance et le nombre de déchirures. En cas d'épisiotomie, vérifier l'absence d'extension ou autres déchirures associées. Si nécessaire, utiliser des valves vaginales pour exposer l'ensemble des parois vaginales.
– Anesthésie locale à la lidocaïne 1% dans tous les plans concernés, excepté la muqueuse rectale. En cas de déchirures complexes et/ou de déchirure du troisième ou quatrième degré, ne pas hésiter à réaliser la suture au bloc opératoire sous anesthésie générale ou rachianesthésie.

Déchirures vulvaires superficielles (premier degré)

– Si elles sont non hémorragiques et surtout péri-orificielles : soins simples, pas de suture.
– Si elles sont hémorragiques ou profondes : suture simple par surjet ou points séparés simples de fil résorbable.

Episiotomie ou déchirure simple du périnée du deuxième degré

– Repérer la jonction cutanéo-muqueuse de la commissure et passer si nécessaire un premier point.
– Suturer la muqueuse vaginale en allant du plus interne au plus externe, jusqu'en arrière de la cicatrice hyménéale, par surjet ou à points séparés en X de fil résorbable, suffisamment rapprochés pour que des lochies ne puissent s'y loger dans les jours qui suivent, mais pas trop profond pour ne pas embrocher le rectum (Figure 5.25).
– Suturer ensuite le plan musculaire par deux ou trois points en X de fil résorbable (Figure 5.26).
– Fermer la peau avec du fil de résorption rapide ou non résorbable, par des points séparés (points simples ou de Blair-Donati), en commençant par le premier point situé sur la commissure et qui n'avait pas encore été noué (Figure 5.27). Eviter de serrer excessivement les noeuds, en raison de l'oedème des tissus dans les jours qui suivent l'accouchement. Effectuer un toucher rectal pour vérifier qu'il n'y a pas de points perceptibles dans l'anus. Retirer les compresses intra-vaginales.

Figure 5.25 - Suture de la muqueuse

Figure 5.26 - Suture du muscle

Figure 5.27 - Suture de la peau

Rupture du sphincter anal

– La déchirure de l'anneau musculaire peut entraîner la rétraction des 2 fragments de ce muscle, cachés dans les tissus. S'aider d'un toucher rectal pour repérer ces 2 fragments.
– Suture de ce sphincter au fil résorbable, par deux ou trois points en X ou en U (Figure 5.28).
– Continuer par les mêmes temps que dans le cas précédent.

Figure 5.28 - Suture du sphincter

Déchirure de la muqueuse rectale

– Protéger la plaie des selles par une compresse intra-rectale (à ne pas oublier, de même que le tampon de compresses).
– Badigeonner à la polyvidone iodée 10%.
– Suturer la muqueuse rectale, en allant du haut vers le bas, à points séparés de fil résorbable noués sur la face rectale (Figures 5.29).
– Continuer par les mêmes temps que dans le cas précédent.

Figures 5.29 - Suture de la muqueuse rectale
 .  

5.9.3 Soins post-opératoires

– Dans tous les cas, toilette de la vulve à l'eau et au savon et séchage, après chaque miction et chaque selle, et au minimum 2 fois par jour.
– Si fils non résorbables : ablation des fils entre Jour 5 et Jour 8.
– Traitement antalgique systématique : paracétamol et/ou ibuprofène (surtout si le périnée est oedématié). L'ibuprofène peut être prescrit en cure courte (5 jours maximum) chez une femme qui allaite.
– Dans les déchirures du troisième et surtout du quatrième degré, recommander si possible un régime sans résidus pendant 15 jours (pas de fruits et légumes) et donner éventuellement un laxatif pour éviter le passage de selles dures sur la cicatrice de la muqueuse rectale.
– Une épisiotomie ou déchirure du périnée ne nécessite pas d'antibiothérapie. En cas de déchirure du quatrième degré, métronidazole PO : 1,5 g/jour à diviser en 3 prises pendant 5 jours.

5.9.4 Prise en charge des complications

Hématome

– Oter les points et drainer.
– S’il n’existe pas de signe d’infection et que le saignement a cessé, re-suturer l’épisiotomie complètement ou partiellement (ceci permet un drainage spontané), voire laisser un drain en place.

Infection

– Oter les points, drainer et si nécessaire parer la plaie.
– Si l’infection est modérée : pas d’antibiotiques, le drainage suffit.
– Si l’infection est sévère : antibiothérapie pendant 5 jours (amoxicilline PO : 3 g/jour à diviser en 3 prises + métronidazole PO : 1,5 g/jour à diviser en 3 prises).