2.1 Le vaccin

Pour plus d’informations, se référer aux documents :
Immunological Basis for Immunization Series Module 7: Measles. Update 2009
http://whqlibdoc.who.int/publications/2009/9789241597555_eng.pdf
Relevé épidémiologique hebdomadaire. No. 35, 2009, 84, 349–360.
http://www.who.int/wer/2009/wer8435.pdf


Le vaccin contre la rougeole est un vaccin à virus vivant atténué.

2.1.1 Composition

La plupart des vaccins actuellement utilisés proviennent de la souche du virus rougeoleux Edmonston : Schwarz, Edmonston Zagreb, AIK-C et Moraten. Des vaccins dérivés d'autres souches sont disponibles : CAM-70, TD 97, Leningrad-16 et Shangai-191.

Il n’y a pas de différence significative (efficacité, effets indésirables) entre ces vaccins et toutes les souches peuvent être utilisées de façon interchangeable.

Les vaccins peuvent contenir des stabilisants (sorbitol, gélatine hydrolysée), ainsi qu'une faible quantité de néomycine mais pas de thiomersal.

2.1.2 Dose et voie d’administration

Enfant de moins de 2 ans : 0,5 ml par dose, voie IM, face antérolatérale de la cuisse
Enfant à partir de 2 ans, adolescent et adulte : 0,5 ml par dose, voie SC, face externe du bras

2.1.3 Age et réponse vaccinale

La persistance des anticorps maternels influence la réponse vaccinale. En fonction du titre d’anticorps maternels acquis passivement, les nourrissons sont, en principe, protégés jusqu’à l’âge de 6 à 9 mois. Les enfants nés de mères vaccinées dans l’enfance sont protégés moins longtemps que ceux dont les mères sont protégées naturellement par la maladie (Figure 2.1).

Figure 2.1 : Passage transplacentaire et évolution des anticorps en fonction du statut vaccinal de la mère14

L'âge optimal à la vaccination (première et seconde dose) varie selon la situation épidémiologique du pays. Il résulte d’un compromis entre le risque de contracter la maladie au cours des premiers mois de vie et la nécessité d'obtenir un taux de séroconversion élevé.

Lorsque la première dose de vaccin est administrée à des enfants entre 9 et 12 mois, le taux de séroconversion est d’environ 85%. Ce taux augmente à 90-95% lorsque les enfants sont vaccinés à 12 mois. Plusieurs études tendent à montrer que la séroconversion est encore supérieure si le vaccin est administré à 15 mois, mais n’augmente pas si le vaccin est administré au-delà de l’âge de 15 mois.

La séroconversion apparaît 10 à 14 jours après la vaccination, avec un pic entre le 21e et le 28e jour.

La protection induite par la primovaccination persiste plusieurs dizaines d’années. En l’absence d’administration d’une seconde dose, le taux d’anticorps décline avec le temps mais la mémoire immunitaire persiste. Une exposition au virus chez une personne vaccinée provoque une réactivation rapide de la réponse immunitaire.

Afin de réduire la cohorte des susceptibles, il est nécessaire d’offrir une seconde dose de vaccin contre la rougeole à tous les enfants. Elle est administrée après l’âge de 1 an et permet, dans la majorité des cas, d'obtenir une séroconversion chez des enfants n’ayant pas répondu à la primovaccination ou de rattraper les enfants qui auraient échappé à celle-ci.

2.1.4 Contre-indications

– Antécédent de réaction anaphylactique à un des composants du vaccin (néomycine, gélatine) ou lors d’une précédente injection d’un vaccin anti-rougeoleux.

– Immunodépression sévère (connue ou suggérée par l’état clinique) :
• congénitale ou acquise ;
• infection par le VIH : enfants symptomatiques et/ou CD4 ≤ 25% ;
• leucémie, lymphome à un stade avancé, maladie tumorale grave ;
• traitement immunosuppresseur (corticothérapie à forte dose, chimiothérapie antinéoplasique, etc.).

– Infection aiguë sévère en cours. Une infection bénigne n’est pas une contre-indication.

2.1.5 Situations particulières

Malnutrition

La majorité des études a montré que la réponse immunitaire à la vaccination est équivalente chez les enfants non malnutris et malnutris. Par contre, la malnutrition augmente le risque de contracter la maladie et de développer des complications sévères15. Les enfants sont systématiquement vaccinés dans les programmes nutritionnels.

Grossesse

La rougeole provoque souvent des complications sévères tant pour la mère que pour le fœtus (interruption précoce de la grossesse) ou le nouveau-né (rougeole congénitale).

En principe, les vaccins vivants ne doivent pas être administrés aux femmes enceintes.
Toutefois, en situation d’épidémie où il y a des cas parmi les adultes, le risque/bénéfice de la vaccination doit être discuté.

Infection par le VIH16,17

Tous les enfants infectés par le VIH sans immunodépression sévère doivent être vaccinés dès que possible.

Chez les enfants immunodéprimés, la première dose de vaccin est administrée après restauration de la fonction immunitaire (en général, après 6 à 12 mois de traitement antirétroviral) :
– CD4 > 25% chez les enfants de moins de 5 ans ;
– CD4 > 200 chez les enfants de 5 ans et plus.

La seconde dose est administrée avec un intervalle de 4 semaines au minimum.

Immunoglobulines et autres dérivés sanguins

Lorsque l’enfant a reçu des immunoglobulines ou des dérivés sanguins dans les 3 à 6 mois précédant la vaccination ou dans les 2 semaines suivant la vaccination, administrer une dose supplémentaire de vaccin 3 à 6 mois plus tard.

Corticothérapie prolongée

Les patients recevant ≥ 2 mg/kg/jour de prednisolone sont vaccinés :
– dès l’arrêt du traitement si la durée du traitement est < 14 jours ;
– un mois après l’arrêt du traitement si la durée du traitement est ≥ 14 jours.

2.1.6 Effets indésirables

Les effets indésirables sont en général bénins et transitoires.

– Dans les 24 heures, légère douleur et sensibilité au niveau du site d’injection.

– 7 à 12 jours après la vaccination :
• fièvre > 39 °C durant 1 à 2 jours dans 5 à 15% des cas ; la fièvre est parfois responsable de convulsions (1/3000) ;
• éruption cutanée transitoire dans 2% des cas, parfois accompagnée de catarrhe ;
• rarement : purpura thrombopénique (1/30 000 à 1/100 000) ;
• très rarement : encéphalite (1/1 million).

– Réactions anaphylactiques à un des composants du vaccin : rares (1/20 000 à 1/1 million).

A l’exception des réactions anaphylactiques, le risque d’effets indésirables est inférieur lors de l’administration de la seconde dose.

2.1.7 Combinaisons et associations vaccinales

Vaccins combinés

Le vaccin est présenté sous forme monovalente ou combinée, c.-à-d. associé à d’autres vaccins dans la même seringue. Les vaccins combinés disponibles sur le marché sont :
– le RR : rougeole et rubéole ;
– le ROR : rougeole, oreillons et rubéole ;
– le RORV : rougeole, oreillons, rubéole et varicelle.

Association de vaccins

A condition d’utiliser des seringues différentes et des sites d’injection différents, le vaccin contre la rougeole peut être administré en même temps que la plupart des autres vaccins : DTC, hépatite B, Haemophilus influenzae, polio oral ou inactivé, fièvre jaune, varicelle, pneumocoque, méningocoque (AC polysaccharidique, A conjugué).

L’association avec le vaccin contre l’encéphalite japonaise semble également possible mais des études complémentaires sont nécessaires pour valider cette association.

Afin d’éviter tout risque d’interférence d’une réponse immunitaire sur l’autre, un intervalle de 4 semaines minimum doit être respecté entre l’administration de deux vaccins vivants.

2.1.8 Conservation des vaccins

Vaccins lyophilisés

Ils doivent être conservés entre +2 °C et +8 °C. La congélation entre –70 °C et –20 °C est possible pour une conservation de longue durée mais elle n’est plus recommandée actuellement.

Solvants

Ils doivent être conservés à température ambiante et placés en chaîne de froid au minimum 12 heures avant leur utilisation de façon à éviter un choc thermique qui pourrait diminuer l’efficacité du vaccin lors de sa reconstitution. Ne pas les congeler.

Vaccin reconstitué

Le vaccin reconstitué est sensible à la chaleur et à la lumière. Il doit être conservé entre +2 °C et +8 °C, à l’abri de la lumière, et utilisé dans les 6 heures après reconstitution.