Rickettsioses éruptives


Fièvres éruptives dues à des bactéries du genre Rickettsia transmises à l’homme par un arthropode vecteur. On distingue 3 grands groupes : typhus, boutonneux et extrême-oriental.

Signes cliniques

– Les différentes formes associent des signes communs :
• Fièvre supérieure à 39 °C de début brutal avec céphalées intenses et myalgies.
• 3 à 5 jours après : apparition d’un exanthème généralisé (voir ci-dessous).
• Hypotension, pouls rapide non dissocié (inconstants).
• Tuphos associant obnubilation, confusion et asthénie extrême, surtout marqué dans les typhus.
• Escarre d’inoculation (tache noire) : lésion croûteuse indolore cernée d’un halo érythémateux au point de piqûre. A rechercher systématiquement car elle permet une orientation diagnostique.
• Signes extra-cutanés variables d’une forme à l’autre, peu typiques et inconstants (voir ci-dessous).

Groupe Typhus Boutonneux Extrême-oriental

Forme

Typhus épidémique

Typhus murin

Fièvre boutonneuse méditerranéenne

Fièvre pourprée
des montagnes Rocheuses

Autres fièvres à tiques de l’Ancien Monde

Typhus des broussailles
(scrub typhus)

Germe

R. prowasekii

R. typhi

R. conorii

R. rickettsii

R. sibirica,
R. australis

O. tsutsugamushi

Vecteur

pou de corps

puce de rat

tique

tique

tique

acariens

Réservoir

homme

rat

chien

rongeurs

rongeurs, chiens, etc.

rongeurs

Modalité

épidémique

endémique

endémique

endémique

endémique

sporadique

Répartition géographique

cosmopolite, conflits foyers principaux : Burundi/Rwanda, Ethiopie

cosmopolite

pourtour méditerranéen, Afrique Noire

Amérique du Nord, Amérique centrale, Colombie, Brésil

Afrique australe, Australie, Sibérie

Extrême-Orient, Inde, Pacifique Sud

Exanthème

maculopapuleux

maculopapuleux

maculopapuleux

purpurique

maculopapuleux

maculaire

Escarre

0

0

tache noire

rare

tache noire

tache noire

Tuphos

+++

+++

+/-

+/-

+/-

+++

Signes
extra-cutanés

toux, myalgies,
signes méningés

signes digestifs

signes méningés

signes digestifs, neurologiques, hypotension

variables

signes méningés

Létalité (%)

30 (sans traitement)

5

2

5

1

0-30

– Les complications peuvent être graves, parfois mortelles : encéphalite, myocardite, hépatite, insuffisance rénale aiguë, hémorragie, etc.

Laboratoire

Mise en évidence des IgM spécifiques de chaque groupe par immunofluorescence indirecte. La confirmation du diagnostic est obtenue par deux prélèvements sérologiques à 10 jours d’intervalle. En pratique, les signes cliniques et le contexte épidémiologique suffisent à évoquer le diagnostic et débuter le traitement.

Traitement

– Symptomatique :
• Hydratation (PO ou IV si le malade ne peut pas boire).
• Fièvre : paracétamol PO (Chapitre 1). L’acide acétylsalicylique (aspirine) est contre-indiqué à cause du risque hémorragique.

– Antibiothérapie1 pendant 5 à 7 jours ou jusqu’à 3 jours après la disparition de la fièvre :
doxycycline PO (sauf chez la femme enceinte ou allaitante)
Enfant de plus de 8 ans : 50 mg 2 fois par jour ou 100 mg une fois par jour 
Adulte : 100 mg 2 fois par jour ou 200 mg une fois par jour 

– En cas de typhus épidémique, la doxycycline PO est le traitement de choix mais expose à un risque de rechutes :
Enfant de moins de 8 ans : 4 mg/kg (max. 100 mg) dose unique
Enfant de plus de 8 ans : 100 mg dose unique
Adulte : 200 mg dose unique

Remarque : la doxycycline est habituellement contre-indiquée chez la femme enceinte ou allaitante et l'enfant de moins de 8 ans. Cependant, l’administration d’une prise unique ne devrait pas, en principe, induire d’effets indésirables. S’informer du protocole national.

Prévention

– Typhus épidémique : lutte contre les poux de corps (voir Poux, Chapitre 4).
– Typhus murin : lutte contre les puces puis contre les rats.
– Fièvres boutonneuses : éviter les piqûres de tiques par le port de vêtements et l’utilisation de répulsifs.
– Typhus des broussailles : utilisation de répulsifs, doxycycline PO en chimioprophylaxie (à titre indicatif, 200 mg une fois par semaine chez l’adulte).



Footnotes
Ref Notes
1 Contrairement aux borrélioses, l’antibiothérapie n'entraîne pas de réaction de Jarish-Herxheimer. Cependant, la distribution géographique des borrélioses et des rickettsioses étant parfois la même, une réaction est possible du fait de cette association (voir Borrélioses).