4.4 Choix de la riposte vaccinale


La riposte vaccinale est définie en tenant compte de plusieurs éléments : identification des zones à risque et prioritaires, de la population cible et des objectifs de couverture.

Quelle que soit la riposte, le renforcement des activités de surveillance et de prise en charge des patients restent prioritaires.

Le choix des zones à vacciner et des stratégies (vaccination de masse et/ou renforcement de la vaccination de routine) font souvent l’objet de discussions et pressions, toutefois les décisions doivent être prises rapidement. Le choix tient compte des ressources humaines et des moyens logistiques et financiers disponibles et mobilisables avec, avant tout, un souci d’efficacité19.

L’approche la plus appropriée est déterminée à partir de l’analyse du potentiel d’extension.

Tableau 4.2 : Activités de riposte en fonction du potentiel d’extension de l’épidémie

Potentiel
d’extension

Niveau de
réponse

SituationRiposte vaccinale
FaibleVigilance

Pas d’épidémie
confirmée

Renforcer rapidement la vaccination de routine.

Identifier les groupes ou zones dans lesquels la couverture est faible et y concentrer les efforts.
Discuter l’extension de la vaccination jusqu'à 5 ans.

Rattrapage des enfants non vaccinés.

ElevéAlerte

Epidémie confirmée
ou non

Une vaccination sélective ou non sélective jusqu'à 5 ans est mise en oeuvre rapidement : campagne de vaccination ou renforcement de la vaccination de routine dans les structures de santé et par des équipes mobiles.

L’extension de la vaccination au-delà de 5 ans est discutée sur base de l’analyse des données collectées (taux d’attaque, nombre de cas et couverture vaccinale) et des moyens disponibles.

Contrôle du risque d’extension.

Très élevé

Riposte
rapide

Epidémie confirmée
selon une définition
préétablie

Débuter une campagne de vaccination de masse non sélective dès que possible.

Discuter des classes d’âge à vacciner en se basant sur l’analyse des données collectées (taux d’attaque, nombre de cas, couverture vaccinale) et des moyens disponibles.

Il est recommandé de vacciner dans le foyer épidémique.

Même si l’épidémie est identifiée tardivement, il n’est pas trop tard pour agir.

Contrôle de l’épidémie.

4.4.1 Renforcement des activités de vaccination de routine

Dès qu’une épidémie est suspectée, s’assurer que les activités de vaccination de routine fonctionnent correctement et sont efficaces.

A défaut de données d’enquête de couverture vaccinale, l’analyse des données de vaccination de routine permet d’identifier les poches à faible couverture. L’identification des raisons de non vaccination dans ces zones permet de comprendre la perception et les freins à la vaccination, et de mettre en place des stratégies de riposte appropriées.

Informer et mobiliser

Le contenu des messages de sensibilisation tient compte de la perception de la vaccination dans la population (acceptabilité/résistance) et de ses connaissances (population habituée ou non à être vaccinée en routine). Tenir compte des expériences antérieures.
Tous les canaux de communication efficaces doivent être employés.

Améliorer l’accès

– Contrôler systématiquement le statut vaccinal dans toutes les activités (curatives et préventives), y compris pour les enfants accompagnants.
– Organiser des séances de vaccination quotidiennes avec extension des horaires.
– Augmenter la fréquence de passage des équipes mobiles ou renforcer les autres stratégies avancées.

Renforcer les moyens

– Garantir la disponibilité des vaccins et du matériel d’injection.
– Proposer un support logistique (chaîne de froid, moyens de transport, carburant).
– Renforcer ponctuellement les ressources humaines (personnel supplémentaire affecté à la vaccination pendant la période).

4.4.2 Campagne de vaccination de masse

L’objectif de la campagne est de limiter le nombre de cas et de décès et de circonscrire l’épidémie en vaccinant au moins 90% de la population cible.

Dans la mesure du possible, commencer par les zones fortement peuplées (zones urbaines, camps de réfugiés ou déplacés) car cela permet d’obtenir rapidement une protection dans les zones les plus à risque et que l’accessibilité, la logistique et la supervision y sont plus faciles.

Les horaires de vaccination proposés doivent tenir compte des activités et horaires de travail de la population.

Zones urbaines ou fortement peuplées

En zone urbaine, il est préférable d’éviter d’impliquer les centres de santé dans la campagne de vaccination. La surcharge de travail engendrée peut nuire à la prise en charge des malades. Il faut mettre en place des sites de vaccination spécifiques et temporaires. Pour être accessibles à tous, les sites de vaccination doivent être répartis dans les quartiers en fonction de la taille de la population.

En fin de campagne, maintenir des sites de vaccination dans les centres de santé pendant au minimum une semaine pour vacciner les retardataires.

La mise en place de sites de vaccination est combinée à d’autres approches :

– Equipes mobiles de vaccination :
• en milieu scolaire : écoles, collèges ou lycées où sont scolarisés de nombreux enfants.
Les plus petites structures scolaires amèneront les enfants sur les sites établis dans les grandes structures aux heures plus creuses ou sur rendez-vous, p.ex. ;
• dans les collectivités : crèches, jardins d’enfants, orphelinats, centres de détention pour mineurs, p.ex. ;
• auprès des populations éloignées des centres de santé ou isolées (nomades p.ex.) ;
• auprès de groupes qui ne souhaitent pas se mêler à d’autres groupes (castes p.ex.).

– Autre approche : toute approche alternative permettant de proposer la vaccination à des groupes identifiés comme faiblement vaccinés doit être envisagée (p.ex., porte à porte).

Zones rurales

En zone rurale, la riposte associe plusieurs stratégies vaccinales :
– renforcement ponctuel des capacités de vaccination des structures de soins existantes : apport de moyens humains, techniques ou logistiques ;
– envoi d’équipes mobiles dans les zones éloignées des centres de santé. Cette option est la plus appropriée pour toucher les populations qui n’ont pas accès aux soins (nomades ou groupes dispersés).

La taille des équipes mobiles est plus petite qu’en zone urbaine. Les équipes peuvent rester un ou plusieurs jours dans des lieux sélectionnés qui regroupent, si possible, plusieurs localités. A défaut, elles peuvent sillonner les localités à vacciner selon un circuit prédéfini lorsque la population a été informée au préalable.

Pour atteindre des couvertures vaccinales efficaces, il faut mobiliser d’importants moyens logistiques et prévoir une durée de campagne plus longue qu’en zone urbaine. La supervision y est aussi nettement plus complexe.

4.4.3 Identification de la population cible

Le calcul des taux d’attaque spécifiques par lieu et par classe d’âge permet d’identifier les zones géographiques et les classes d’âge à cibler en priorité.

Zones prioritaires

– Zones à risque particulier : services d’hospitalisation pédiatriques, centres de nutrition, structures accueillant des jeunes enfants (crèches, écoles, orphelinats, etc.)
– Zones densément peuplées (villes, bidonvilles, camps de réfugiés/déplacés)
– Zones avec les plus forts taux d’attaque, en tenant compte de l’allure de la courbe épidémique
– Zones à faible couverture vaccinale

Groupes à risque

Le choix de la population cible dépend des taux d’attaque et du nombre absolu de cas dans chaque classe d’âge20, des objectifs fixés (réduction de la morbidité, mortalité) et de l’importance des moyens à mobiliser.

Attention à l’interprétation des taux d’attaque : p.ex., chez les 5-15 ans, un taux d’attaque inférieur à celui des < 5 ans peut correspondre à un nombre de cas supérieur car les 5-15 ans représentent une proportion plus élevée de la population totale.

4.4.4 Evaluation des contraintes

Les contraintes suivantes sont à prendre en compte lors de la planification de la campagne :
– délai d’approvisionnement en vaccins et en matériel ;
– capacités logistiques : lorsqu’elles sont limitées, il est préférable de débuter rapidement la campagne en ciblant les zones prioritaires plutôt que d’attendre les moyens disponibles pour une intervention de grande ampleur, mais trop tardive. Ceci laisse le temps de mobiliser les moyens pour vacciner dans les autres zones ;
– personnel disponible ;
– accessibilité : réseau routier, distance, densité de population ;
– événements particuliers (fête, élection, congé, distribution alimentaire, etc.) ;
– sécurité.

La préparation d’une campagne de vaccination en urgence ne devrait pas excéder 2 semaines.

4.4.5 Autres points à déterminer

Vaccination sélective ou non sélective

– Vaccination sélective (discriminante) : vérifier systématiquement le statut vaccinal de l’enfant à partir de la carte de vaccination. Si la vaccination est prouvée (la carte est présentée), le vaccin n’est pas administré.
– Vaccination non sélective (non discriminante) : tous les enfants sont vaccinés quels que soient leurs antécédents vaccinaux (cartes non vérifiées).

La vaccination non sélective, plus rapide, est l’option privilégiée dans les campagnes vaccination réactives. Ce choix doit être fait dès le début de la planification, car il aura un impact sur les moyens à déployer et l’organisation des activités.

Distribution de vitamine A

La distribution de vitamine A (rétinol PO) à dose préventive est associée à toute campagne de vaccination contre la rougeole (sauf en cas d’administration récente, moins de 1 mois).
S’informer sur les distributions réalisées ou planifiées.
– Enfant de 6 à 11 mois : 100 000 UI dose unique (4 gouttes d’une capsule à 200 000 UI)
– Enfant de 1 à 5 ans : 200 000 UI dose unique (1 capsule)

Autres activités

– Autre vaccination :
L’association d’autres vaccins est possible mais doit être justifiée. Elle peut être envisagée, par exemple, lorsqu’une autre épidémie sévit en parallèle (méningite, fièvre jaune, poliomyélite) ou dans certaines situations particulières (camps de réfugiés, déplacement de population, zones isolées avec très faible couverture vaccinale contre la poliomyélite, pneumocoque, Haemophilus influenzae (Hib) ou fièvre jaune, p.ex.).

– Autre activité :
D’autres activités peuvent être réalisées au cours des campagnes de vaccination : déparasitage, distribution de moustiquaires imprégnées ou de suppléments nutritionnels. L’organisation du circuit de vaccination est alors adaptée, la durée de la campagne prolongée et le personnel spécifiquement formé. Toujours mettre en balance le bénéfice potentiel des activités associées et les contraintes de mise en oeuvre (y compris le délai d’obtention d’une couverture vaccinale efficace) qu’elles entraînent.